Je me lève à 6h30 et quitte le camping à 8 heures, la température est de 24°C. Je rencontre les mêmes difficultés que hier. Je traverse à nouveau un parc éolien immense avec des milliers d’éoliennes. Comme hier, j'ai un vent de face qui me cloue sur place. J’ai bien hâte d’arriver à Tarifa car ce vent m’use physiquement, mais aussi moralement. On dit dans le sud de la France que le Mistral rend “fou”. Ici, c’est la même chose.

Il n’y a aucun village entre Vejer de la Frontera et Tarifa. Les quelques arbres au bord de la route sont maigres et plient l’échine sous la force du vent. Quelques bars/hôtel/restaurants sont disséminés le long de la nationale. Je m’arrête dans l’un d’eux pour déguster un  "tosdados con jamo y café“. Les clients arrivent avec leur gros 4x4. Le chapeau de cow-boy sur la tête, ils s’installent au comptoir sans même me regarder et encore moins me saluer.

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J'arrive à Tarifa à 12h30, après cinquante kilomètres de lutte contre le vent. Les campings sont nombreux. Ils sont tous à l’entrée de la ville. J’en choisis un au hasard. La patronne est marocaine. On sympathise très vite. Elle veut à tout prix m’indiquer la route à suivre au Maroc pour rejoindre Agadir. Je déplie ma carte Michelin. Elle entoure au feutre les lieux où je dois passer impérativement. Selon elle, j'ai bien mille kilomètres pour rejoindre Agadir de Tanger par la côte.

Je prends mon temps pour m’installer. Il s’agit de trouver dans le camp un espace suffisamment abrité du vent, car ici aussi, comme sur la route, le vent souffle avec violence. Après avoir fixé solidement la tente, je prends une bonne douche et je fais ma lessive. Je veux que tout soit en ordre pour la traversée du détroit de Gibraltar demain.

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Je pars en ville acheter mon billet pour Tanger. Il y a un bateau toutes les heures. Deux compagnies exploitent la ligne Tarifa/Tanger. L'une est espagnole et fait l'aller simple à 40 €, l'autre est marocaine et pratique un prix inférieur : 32 €. Il y a un départ toutes les heures. J’achète mon billet pour la traversée de 10 heures demain matin.

Tarifa est une petite ville de dix sept mille habitants. Elle est située à quinze kilomètres des cotes marocaines. C’est un haut lieu de la planche à voile en raison du vent permanent. La ville est plutôt sympathique avec son port de pêche, sa ville close et ses grandes plages.

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La partie espagnole de mon périple se termine. Demain c'est l'Afrique et c’est aussi un autre monde que je vais découvrir.

Que dire des Espagnols ? Ils sont symphatiques et attachants quand le contact est établi. Mais, sans ce contact, ils sont indifférents. Par exemple, seul en terrasse à l'entrée d'un bar, j'observais leur attitude lorsqu'ils passaient devant ma table : pas un sourire, pas un signe, pas une marque de sympathie, pas un “Hola”. Ils m'ignorent tout simplement. Cette attitude est étonnante. Pourtant, quand on les aborde, ils sont charmants. Mais est-ce véritablement différent en France ?

Les campings en Espagne sont peu nombreux, mais bien équipés et toujours parfaitement entretenus. Ce sera vraisemblablement différent au Maroc.

J'ai fait des rencontres intéressantes, d'autres ont été moins heureuses.

A Burgos, j'ai discuté avec un Hollandais sur le thème de la retraite. Je lui ai expliqué le pourquoi de mon voyage et mes interrogations à propos de la fin de mon activité professionnelle. Il a été catégorique : "Ne vous arrêtez pas. J'ai 63 ans. Je me suis arrêté à 61 ans, et j'ai repris une activité à 63 ans. Par contre, je prends quatre mois de vacances par an".

A Monesterio, j'ai rencontré deux femmes françaises qui faisaient à pied le chemin de Compostelle au départ de Séville. L'une d'elle était de Saint Brieuc.

A Séville, j'ai rencontré deux jeunes de Blain (près de Nantes). Ils venaient d’arriver à Séville, pour une durée de quatre mois, pour suivre une formation en architecture (formation Erasmus).

J'ai fait des rencontres moins heureuses, à l'exemple de ce couple d'Anglais, mes voisins au camping à Séville. Ils avaient un gros camping car et une remorque sur laquelle ils transportaient une moto de 750 cm3. Comme d'habitude, je les ai salués et demandé de quelle région d’Angleterre ils venaient. Monsieur m'a répondu : "Je viens bien de quelque part". Je lui dit : "Mais d'où précisément ?", il me répond : "De Londres", il ajoute "Excusez nous, mais nous avons beaucoup à faire". Je pensais qu'ils étaient sur le départ et me suis excusé. Vingt minutes plus tard, Monsieur et Madame étaient dans leur chaise longue en pleine lecture.

Demain, ce sera un autre monde, une autre culture. Le vélo est un moyen fantastique pour vivre pleinement un voyage. Je suis content de mon périple. Je suis en bonne condition physique et l'aventure continue.

Distance parcourue : 50,8 Km
Temps sur le vélo : 3h17
Moyenne horaire : 15,8 Km/h