La ville d'Agadir, détruite par un tremblement de terre en 1960 a été reconstruite au bord de la plage. Elle compte maintenant six cent mille habitants. Les Tours Operators se partagent la cinquantaine d'hôtels en bordure de mer où se concentrent les touristes, essentiellement européens.

J'ai croisé des français ronchonneurs :

Un couple de retraité de Lille : "La propreté se dégrade, c'était mieux il y a deux ans J'ai fait une allergie, j'ai du aller voir un médecin, cela m'a coûté 200 €"

Un couple de retraité de la Cote d'Or cherchant à s'installer à Agadir : " Vous vous rendez compte, il faut prendre le taxi pour se rendre à l'hypermarché à trois kilomètres !“.  J'ai failli leur proposer d'acheter mon vélo !

Il y a aussi les marocains avec qui je passe beaucoup de temps à discuter.
 
Brahim a 51 ans. Il travaille au port. En ce moment, il n'y a pas de boulot. Il me donne tous les renseignements pratiques souhaités. Il veut me mettre en relation avec des gens susceptibles de racheter mon vélo.

Habib a 25 ans. Il travaille à son compte pour les hôtels et les agences réceptives. Joyeux et toujours positif, nous prenons un café ensemble à la terrasse d’un bar du centre.

Aïcha a 20 ans, elle est caissière dans la supérette au pied de mon immeuble. Elle travaille six jours sur sept avec un jour de repos le jeudi. Elle commence sa journée à sept heures le matin et termine à 21 heures le soir après une pause dans la journée. Elle gagne 200 €/mois pour 48 heures par semaine. Elle n'a pas de sécurité sociale, pas d'assurance chômage, pas de cotisation retraite.

Ainsi se côtoient marocains et européens, les premiers toujours gais et optimistes, les seconds jamais satisfaits.

Mes amis m’avaient mis en garde avant le départ : “Ce n’est pas raisonnable de partir seul, c’est dangereux”. Ces conseils étaient fondés sur des “à priori” et une peur inconsciente de “l’étranger”. A aucun moment, je me suis senti en danger. Ce périple à vélo a été une expérience dans la connaissance des autres. J'ai appris à être curieux. Le peuple marocain est admirable.

En voyage organisé, on vit dans un espace aseptisé, inodore et bourré de clichés. On ne voyage pas, on déplace son propre environnement au soleil.

Je suis le premier surpris par ma forme physique et la facilité avec laquelle j'ai parcouru 3 300 Km en trente jours. A aucun moment j'ai ressenti des douleurs aux muscles ou aux articulations. Ma préparation a donc été suffisante. Ma seule difficulté aura été l'accoutumance de mon fessier à la selle neuve de Roll 2 sur les 700 premiers kilomètres.

Roll 2 a été exemplaire. Aucune panne, aucune vis à resserrer, je n'ai pas eu une seule fois à gonfler une pneu.

Le réseau routier espagnol est excellent. Le réseau marocain s'améliore, mais il reste dangereux, en particulier pour les cyclistes. La conduite des marocains est bien différente de celles des européens et les bas cotés des routes sont difficilement praticables par les vélos.

Ma vie de nomade se termine. J’ai aimé cette vie, en contact avec la nature et au plus près des gens rencontrés sur la route. Elle vous apprend la modestie. Le confort devient accessoire, le corps et la peau se durcissent. Nous devenons insensibles aux caprices de la météo.

Je rentre samedi matin 29 septembre avec mon vélo par le Vol Agadir-Nantes d'Air Maroc. Je vais reprendre la vie de sédentaire.

Je remercie mes proches qui m'ont soutenu, mon épouse Huguette qui a été patiente, ma fille Christelle qui jour après jour a mis à jour le blog pendant le périple, ma petite fille Typhaine qui s'est fortement impliquée. Elle a réalisé le bandeau du blog. Je remercie Franck, Patricia et Sylvain, mes collaborateurs.  Ils ont su gérer la société en mon absence.

Je remercie enfin les amis et anonymes qui m'ont envoyés des messages d'encouragement. J’ai pu mesuré ainsi que je n’étais pas seul. Outre mes rencontres sur la route, j’avais aussi en France des amis qui suivaient mon périple jour après jour sur Internet.